Bientôt du nouveau en France : le Code de la rue

A une époque ou 80% de la population française vit en ville, le concept de Code de la rue prend un relief particulier. Nos voisins les Belges ont apporté depuis début 2004 d’importants changements au Code de la route, règles reprises sous l’intitulé « Code de la rue ». Leur but : assurer un meilleur équilibre entre les différentes catégories d’usagers de l’espace public de circulation et une plus grande sécurité aux personnes les plus vulnérables.

Le Code de la route qui réglemente la circulation sur les routes françaises, s’adresse essentiellement aux conducteurs de véhicules motorisés , puis, secondairement, aux deux-roues non motorisés et enfin de façon très subsidiaire, aux piétons quelle que soit leur nature .Les règles de ce code placent généralement les usagers doux dans une position marginale, impression renforcée par l’impression de sécurité que procure l’engin motorisé à son conducteur.

L’agglomération est par nature un espace différent des voies de grande circulation.

Elle regroupe une population de plus en plus importante, avec des lieux de vie tels que les écoles, les zones de chalandise, les établissements hospitaliers, les maisons de retraites ou tout simplement des quartiers d’habitation.

Il est important de privilégier dans cet espace particulier les déplacements des personnes les plus fragiles, comme les enfants, les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, ou encore les clients des commerces situés de part et d’autre de la rue, et les promeneurs seuls ou en famille.
La circulation dans l’agglomération est de plus en plus dense et de ce fait toujours plus complexe. La vitesse des véhicules y est très élevée: quelques km/h de trop peuvent être fatals au piéton ou au cycliste renversé. Si l’on veut éviter ou diminuer à l’avenir les problèmes de congestion de circulation, de stationnement, de pollution, il faut favoriser les modes de déplacement doux comme la marche, le vélo, le roller etc. car les distances parcourues sont généralement courtes en ville.

En outre plusieurs types d’aménagements sont à l’heure actuelle mal connus, mal utilisés, ou mal respectés :

C’est le cas des passages piétons, où le piéton n’a priorité que s’il est engagé (cette priorité étant laissée à l’appréciation de l’usager motorisé). C’est le cas du trottoir, utilisé pour un tout autre usage que le cheminement piétonnier (lieu d’implantation de matériel urbain, de stationnement illégal, d’obstacles divers…)
Lors des croisements à feux tricolores le partage n’est pas équitable entre le temps de passage de l’engin motorisé et celui du piéton, le rapport pouvant être de 5 pour 1.

Compte tenu des politiques de développement durable qui se généralisent au niveau de la plupart des collectivités, il parait fondamental d’appliquer pour les déplacements dans l’agglomération un règlement spécifique qui serait partie intégrante du Code de la route, qui permettrait une analyse facile et globale des problèmes d’aménagements à résoudre et prendrait en compte avec rigueur le partage équitable des espaces de déplacements urbains .

Suivant l’exemple de la Belgique qui applique depuis 2004 un Code de la Rue, l’association « Rue de l’Avenir » propose un ensemble de règles applicables dans les agglomérations et répondant aux impératifs suivants :
- diminution conséquente de la vitesse aux abords de certains lieux de vie tels les établissements scolaires par exemple .
- privilèges accordés aux circulations douces (marche, bicyclette, rollers etc…) sous forme de mise en sécurité , d’aménagements réservés ou encore de priorités
- interdiction de stationnement ou de circulation automobile (trottoirs, rue piétonnes etc…)
Certaines de ces règles sont déjà définies dans le Code de la Route mais leur application est souvent ignorée. Une définition plus précise s’impose donc suivie d’une application plus stricte et de sanction en cas d’infraction .
Ainsi :

- les Zones 30 existent mais sont peu respectées. Elles sont à développer sensiblement : leur implantation ne doit plus tenir du simple gadget.
- les doubles sens cyclables sur décision des maires pour les voies à sens unique doivent faire l’objet d’une circulation prudente et ralentie.
- les aires piétonnes où véhicules et cyclistes peuvent également circuler imposent de rouler au pas avec priorité accordée aux piétons.

Enfin 3 innovations eu égard au Code de la route :
- les zones scolaires doivent être sécurisées et le déplacement des enfants doit être protégé sinon canalisé.
- les zones de rencontre ou se déplacent essentiellement des piétons doivent imposer des vitesses de circulation automobiles extrêmement basses (20 km/h au maximum)
- les trottoirs traversant : dans le cas d’une rue piétonne traversant un axe de circulation, le piéton doit avoir une priorité absolue.

Le Code de la rue a donc sa place dans le Code de la route car il concerne tous les usagers. Il insiste particulièrement sur la vulnérabilité du plus faible à savoir l’usager des déplacements doux. L’attention de l’automobiliste ou du motard doit être soutenue envers le cycliste ou le piéton tout comme le cycliste doit resté vigilant envers le piéton .
La convivialité entre les divers usagers accompagne le respect de ces règles élémentaires.

René Vernay et Michel Méot